Home » French Language » French Translation: De l’anarchie: Une Interview

French Translation: De l’anarchie: Une Interview


The following is a French translation of an interview I did on Anarchism, conducted by Devon D.B. See the original here: “On Anarchy: An Interview.

Translation by Résistance 71.

De l’anarchie: Une Interview

Sur l’anarchisme: une interview avec Andrew Gavin Marshall effectuée par Devon DB.

Ceci est la transcription d’une interview faire par courriel que j’ai faite d’Andrew Gavin Marshall, le directeur de projet du People’s Book Project. Dans cette interview nous discutons de l’anarchisme, remontons à ses origines, fouillons dans son histoire à la fois aux Etats-Unis et dans le monde et nous concluons sur une discussion sur le comment l’anarchisme affecte aujourd’hui le mouvement Occupy.

Devon DB: Pouvez-vous nous donner une définition de l’anarchisme?

Mr. Marshall: L’anarchisme est difficile à définir simplement parce qu’il représente une philosophie très diverse, qui contient pas mal de variantes. Ainsi les définitions de l’anarchisme tendent à différer avec ses différentes branches. Quoi qu’il en soit, au cœur de l’affaire, l’anarchisme, par ses racines grecques, veut simplement dire “être sans chef” ; ceci allant à l’encontre de la pensée libérale traditionnelle, comme celle articulée par la notion de Hobbes qui veut que l’anarchie soit un “état naturel”, exemplifié dans les conflits et les guerres, justifiant la nécessité d’un état afin de maintenir l’ordre. Un des premiers penseurs anarchistes, Pierre Joseph Proudhon, contra cette notion en disant que “L’anarchie c’est l’ordre”. Malgré la connotation de “désordre” et de “chaos” qu’à le mot “anarchie”, l’anarchisme et la société anarchiste sont hautement organisées et ordonnées. La différence centrale entre la conception anarchiste de l’ordre et les autres, est que l’anarchie retire la notion de structures de l’autorité, de façon à ce que la société puisse être organisée par l’association libre et une organisation non-hiérarchique. Elle fait la promotion à la fois de l’individu et du collectif de manière simultanée. Ceci est en opposition avec la pensée libérale qui insiste presque exclusivement sur l’individu ou la pensée socialiste qui promeut le collectif par dessus tout. L’un des penseurs les plus influents de l’anarchisme, Michel Bakounine, a décrit la pensée anarchiste lorsqu’il écrivit: “Nous sommes convaincus que la liberté sans le socialisme n’est que privilège et injustice et que le socialisme sans liberté n’est qu’esclavage et brutalité.” Ceci a souvent mené l’anarchisme a être assimilé à ce qu’on appelle le “socialisme libertaire” ; ceci constituant la racine du libertaire, certaines branches s’en écartant néanmoins. Finalement, ce qui caractérise la pensée anarchiste et ce qui lui est sous-jacent, c’est une remise en question et une critique hautement formulée du pouvoir et de l’autorité : à savoir, si une source autoritaire ne peut pas légitimer son existence, elle ne devrait pas exister.

Devon DB: Qui est et de où est originaire la pensée anarchiste ? Quel était le contexte sociétaire d’où émergea originellement la pensée anarchiste ?

Mr. Marshall: L’anarchisme n’est pas comme le marxisme ou le libéralisme ou toute autre forme d’idée concrète dont on peut clairement identifier d’où elle provient. De la même manière que l’anarchisme épouse le concept de ne pas avoir de leader, une grande partie de son développement historique est demeurée “sans leader”.La pensée anarchiste s’est développée, à des degrés divers, à travers l’histoire de l’humanité, dans des temps et en des lieux différents, souvent sans contact entre les différentes civilisations. En ce sens, l’anarchisme est une idée organique qui peut avoir ses origines dans n’importe quel contexte. La première évolution des idées anarchistes a été identifiée comme provenant de la Chine ancienne, parmi les taoïstes. Peter Marshall a écrit dans son livre essentiel: “En demandant l’impossible : une histoire de l’Anarchie” que, “au travers de l’histoire répertoriée, l’esprit anarchiste peut être vu émerger du clan, de la tribu, de communautés villageoises, de villes indépendantes, des guildes et des syndicats”. L’anarchisme a émergé de façon différente dans la pensée de la Grèce antique, puis plus tard dans l’ère chrétienne, le plus spécifiquement avec les révoltes paysannes du Moyen-Age. Ceci s’est passé bien avant que l’anarchisme ne se définisse comme une idéologie ou une philosophie de ou par lui-même.

Ce processus s’est déroulé après la fin du féodalisme, avec la montée du capitalisme et mis en lumière largement à la fois dans la période de la Renaissance et la période des Lumières. La Renaissance a amené l’idée de l’individu et la période des Lumières a conceptualisé le progrès social. Ceci s’est ainsi développé en une philosophie distincte et cohérente en réaction au développement des états centralisés, du nationalisme, de l’industrialisation et du capitalisme de la fin du XVIII siècle. Peter Marshall a écrit: “L’anarchisme a ainsi relevé le double défi de renverser à la fois le capital et l’État”. William Godevin est souvent considéré comme “le père de l’anarchisme” en ayant articulé le désir de la fin de l’État, le philosophe allemand Max Stirner lui emboîta le pas, mais ce fut Pierre Joseph Proudhon qui depuis la France, fut le premier à se nommer un “anarchiste”. Proudhon développa un certain nombre d’idées anarchistes et de slogans qui ont toujours une très forte résonnance aujourd’hui, tel ce concept qui veut que “tout comme l’homme recherche la justice dans l’égalité, la société recherche l’ordre dans l’anarchie”, ainsi que ses slogans populaires : “L’anarchie c’est l’ordre” et “La propriété c’est le vol”.

Ensuite vint le révolutionnaire russe Michel Bakounine, le père du “socialisme libertaire” et l’homme qui devint l’opposant idéologique principal de Karl Marx. Un autre Russe, Pierre Kropotkine, fut un des philosophes les plus influents de l’anarchisme dans l’histoire, le developpant en une philosophie sociale plus systémique. Aux Etats-Unis, Benjamin Tucker fut parmi les premiers penseurs anarchistes, y ajoutant une dimension individualiste particulière. D’autres penseurs anarchistes importants incluent : Léon Tolstoï, qui y amena un élément religieux et Emma Goldman, qui développa la branche féministe de l’anarchisme. Tous ces penseurs ont collectivement façonné le développement de la pensée anarchiste au XIXème siècle et pavé la route pour son évolution au XXème siècle.

Devon DB : Quelle forme a d’abord pris l’anarchisme ? Comment l’État et la population y ont-ils réagi en premier lieu ?

Mr. Marshall: L’anarchisme a pri différentes formes selon les temps et les lieux. Dans l’histoire moderne, et ce manière indépendante de l’endroit, l’État a toujours réagi défensivement et souvent violemment. Comme l’un des tenants principaux de l’anarchisme est l’abolition de l’État, celui-ci a recherché à son tour (avec sans conteste plus de succès) l’abolition de l’anarchisme. Les anarchistes ont été diabolisés, infiltrés, espionnés, déportés, tués et ont eu des mouvements entiers complètement et violemment détruit. L’anarchisme a été plus représenté dans les mouvements ouvriers et immigrants et l’activisme au XIXème siècle et au début du XXème, fut particulièrement fort au sein des syndicats et des immigrants juifs d’Europe de l’Est. Des immigrants juifs pauvres, fuyant les pogroms russes de la fin du XIXème siècle importèrent avec eux une idéologie qui avait une profonde affinité avec le concept d’un peuple sans État, une philosophie qui reflétait une vison de solidarité mondiale sans État.. Beaucoup parmi les juifs qui s’échappèrent étaient des socialistes et des marxistes, et des radicaux de tout poil, mais la force prévalente était celle de l’anarchisme. Ces émigrants radicaux  aidèrent à divulguer les idées anarchistes en Europe de l’Ouest, à Londres, en France, en Espagne, aux Etats-Unis ainsi qu’à aider à créer un grand mouvement anarchiste en Argentine, bien plus grand que le mouvement communiste local.

Les émigrants juifs radicaux qui divulgaient les philosophies anarchistes produisirent généralement deux réaction de la part de leur nouveau pays de résidence : les pauvres et la classe laborieuse de ces pays accueillirent à bras ouverts ces radicaux, qui luttaient pour les droits de tous et qui étaient souvent en première ligne des mouvements pour la justice sociale, les droits du travail, les mouvements anti-guerre et le pouvoir du peuple ; d’un autre côté, l’État et les médias qui faisaient la critique et la promotion de l’idée de “dangereux étrangers” et qui souvent promouvaient des concepts antisémites afin de pousser cette idée. Ainsi, la réaction des populations en général, en tous cas des pauvres et des classes laborieuses, fut d’estomper l’antisémitisme et de promouvoir une solidarité à travers les différentes ethnies, alors que l’État et les pouvoirs établis eux, continuèrent à faire la promotion de l’antisémitisme, des lois anti-immigration et de développer une réponse policière au problème perçu. Ceci favorisa la coopération et la coordination des polices des différents états de l’europe de l’Ouest aux Etats-Unis en passant par l’Argentine.

Devon DB: Comment l’anarchisme a t’il évolué avec le temps et comment s’est-il propagé ?

Mr. Marshall: Comme mentionné précédemment, une grande partie de la diffusion des idées anarchistes fut facilitée par l’émigration de masse de juifs radicaux d’Europe de l’Est et de Russie à la fin du XIXème siècle et au début du XXème. L’histoire de l’anarchisme moderne est intrinsèquement liée à l’histoire juive moderne, à une histoire récente de l’antisémitisme et même à l’histoire du sionisme. Ceci a eu à la fois un effet positif et un effet négatif et  a promulgué deux stéréotypes majeur pour les juifs. D’un côté, cela a promu le stéréotype du juif émigrant radical, qui reçut un bon accueil au sein des population opprimées, mais aussi pas mal d’angoisse, de xénophobie, d’antisémitisme et de racisme parmi les classes dirigeantes. D’un autre côté, les juifs furent soumis au stéréotype du capitaliste rapace, souvent en faisant référence à la famille banquière Rothschild.

Bon nombre de ces stéréotypes existent toujours aujourd’hui, mais il leur manque leur contexte historique inhérent. Par exemple, les Rothschild de Londres furent très concernés par ces juifs immigrants qui arrivèrent en Angleterre et dans d’autres pays européens depuis l’Europe de l’Est. Ces juifs manifestaient dans les rues et organisaient des grèves à Londres et dans d’autres villes européennes, en cela menaçait les intérêts dans lesquels les Rothschilds avaient beaucoup investi. La première impulsion fut d’imposer des restrictions migratoires plus importantes, mais ceci serait perçu de la même manière que les expulsions d’Europe de l’Est, ainsi une nouvelle stratégie était nécessaire. Ce fut à cette époque que les Rothschild commencèrent à s’intéresser au sionisme Le sionisme lui-même a plusieurs courants de pensée et a évolué avec le temps. Il était à l’origine très radical et socaliste. Les idées de Tolstoï et de Kropotkine furent très influentes parmi les juifs émigrants en Palestine au début du XXème siècle, ceux-là même qui établirent le mouvement des kibboutzim, une communauté socialiste libertaire de Palestine, basée originellement sur l’agriculture, rejetant l’idée d’un état-nation juif et qui promulgait au contraire la solidarité arabo-juive.

Les Rotschilds avaient refusé pendant de nombreuses années de soutenir à la fois idéologiquement et financièrement, le mouvement sioniste et ce pour un bon nombre de raisons : les idées socialistes radicales développées par le mouvement étaient à l’opposé de la nature même du comment les Rothschild étaient devenus les Rothschilds et peut-être de manière plus importante, parce que les Rothschilds avaient peur que s’ils faisaient la promotion de l’idée d’une nation juive, ils seraient obligé de quitter l’Europe de l’Ouest et de s’installer dans cette nation. Comme les circonstances changèrent quoi qu’il en soit, les Rothschilds commencèrent à faire la promotion d’un sionisme à la vision non radicale, non socialiste et non anarchiste, mais très distinctement occidentale et capitaliste. Ceci devint une opportunité de pousser le radicalisme juif dans une idéologie plus contrôlable et au lieu de relocaliser les juifs radicaux, de soutenir une immigration dans un nouvel endroit (les Rotschild en furent les financiers principaux en pourvoyant personnellement les moyens de transport des juifs vers la Palestine).

Il y eut bien sûr d’autres représentations de l’anarchisme. En Russie, le mouvement anarchiste était très profond et avait une base de soutien très forte. Pendant la révolution russe, il y avait trois factions essentielles qui luttaient : Les “rouges” (communistes), les “blancs” (soutenus par l’occident comme étant des démocrates libéraux) et souvent oubliés de l’histoire : les anarchistes. A la fois les rouges et les blancs recherchèrent à attaquer et détruire les anarchistes pendant la révolution russe et la guerre civile. Trotsky lui-même mena les armées contre les factions anarchistes russes. Les blancs et les rouges se battaient pour le contrôle de l’état, tandis que les anarchistes eux, luttaient pour une société sans état. Ils furent ultimement détruit dans cette bataille.

La représentation la plus importante de l’anarchisme dans l’histoire moderne fut, et de loin, en Espagne. Comme Peter Marshall l’écrivit : “Jusqu’à aujourd’hui, l’Espagne est le seul pays de l’ère moderne où l’anarchisme peut être dit de manière crédible qu’il s’est développé en un mouvement social majeur et qui a sérieuse menacé l’existence mème de l’état.” L’Espagne était très propice à cette expérience dû à sa longue histoire datant du Moyen-Age, qui a vu les communes indépendantes avec leur propres lois locales. L’anarchisme en Espagne est devenu populaire au sein de la majorité paysanne pauvre du XIXème siècle, celle-ci incitant souvent à des insurrections locales contre le pouvoir. Avec le temps, la philosophie s’est répandue au sein de la communauté des mines et des communautés ouvrières de Barcelone et de Madrid. L’anarchisme devint populaire au sein des jeunes intellectuels radicaux et séduisirent également des gens comme Pablo Picasso. L’anarchisme espagnol était une lutte essentiellement contre l’église et l’état ; tout comme en France dans les années 1890, l’anarchisme espagnol a souvent eu une expression violente avec son lot d’attentats à la bombe et d’assassinats, ainsi qu’une réaction brutale du gouvernement sous la forme d’une répression sanglante.

Avec le temps, il devint clair que le terrorisme ne pouvait pas renverser l’état et au lieu de la violence, la propagande devint la tactique d’usage, celle de propager la philosophie au sein des paysans et des ouvriers. En 1907, au milieu de troubles sociaux industriels, les syndicats libertaires de Catalogne formèrent une organisation syndicaliste, Solidaridad Obrera (Solidarité Ouvrière) et appela à la grève générale en 1909. Des batailles de rue s’engagèrent au cours desquelles environ 200 ouvriers trouvèrent la mort ; suite à cela, les syndicats décidèrent de former une organisation plus grande, plus forte ; ainsi vit le jour la Confederacion Nacional del Trabajo (CNT), la Confédération Nationale du Travail, qui dès 1919 avait plus d’un million d’adhérents. Elle organisa entre 1917 et 1923 des grèves révolutionnaires à travers l’Espagne. En 1919, la CNT adopta les principes du “communismo libertario” ou communisme libertaire, comme son idéologie principale, unifiant beaucoup de syndicats et de travailleurs en opposition au socialisme autoritaire d’état.

La structure hautememt décentralisée de la CNT la rend plus imperméable à la répression, tout comme plusieurs groupes anarchistes durant la révolution russe et la guerre civile. A la fin des années 1920 et au début des années 1930, les modérés et les réformistes furent poussés hors de la CNT et la Federacion Anarquista Iberica (FAI), Fédération anarchiste Espagnole, plus radicale, pris plus d’importance. Les travaileurs et paysans anarchistes tentèrent de former des communes insurrectionnelles à travers le territoire espagnol au début des années 1930, ce qui mena souvent à une répression féroce de l’état. Plus de grèves et d’insurrections furent tentées, l’une d’entr’elles impliqua la grève de 70 000 mineurs en 1934, grève qui fut sévèrement réprimée (avec l’aide de troupes marocaines), des centaines perdirent la vie. Les deux années qui suivirent virent l’Espagne doucement glisser vers la guerre civile. En 1936, une vision pour une société nouvelle fut définie au congrès national de la CNT, qui représentait 500 000 ouvriers à cette époque, promouvant le communisme libertaire dans une société de communes, basée sur l’association libre syndicaliste, reliées entr’elles par des fédérations régionales et nationale, dénuées de hierarchie sociale.

L’individuel et le collectif étaient promus de la même manière, ainsi l’un ne pâtirait pas de l’autre, mais les deux se soutenaient l’un l’autre. La diversité était non seulement acceptée mais encouragée, avec la compréhension que les communes pourraient prendre différentes formes et représenter différentes façons de voir. L’éducation insisterait sur l’alphabétisme et la pensée de façon à ce que les gens puissent penser par eux-mêmes et il n’y avait plus de distinction entre le travail manuel et le travail intellectuel. Les cours de justice et les prisons étaient obsolètes. Ces résolutions, adoptées au congrès de 1936 ne furent pas un modèle mais au contraire “un point de départ pour l’humanité vers son émancipation intégrale”. Entre le temps du congrès et la fin de l’année, les membres de la CNT grossirent de 500 000 à 1,5 millions. Franco se rebella contre la république espagnole en Juillet 1936, mais ses forces furent rapidement désarmées par les milices populaires.

Franco parvint néanmoins à prendre le contrôle de la moitié du pays, bien que les anarcho-syndicalistes géraient Barcelone et toute la Catalogne était essentiellement une “république” indépendante. Ultimement, le concept de la révolution sociale fut peu à peu sacrifié afin de lutter contre Franco et ses factions fascistes. Les ouvriers et les paysans étaient toujours organisés afin de gérer leurs propres affaires et le communisme libertaire n’était pas seulement possible, il était devenu une réalité. Les anarchistes et d’autres groupes formèrent des milices pour combattre contre Franco. George Orwell, qui lutta en Espagne contre Franco (NdT: Avec le POUM, marxiste non stalinien), aida à rectifier les perceptions données à propos des anarchistes, expliquant les résultats incroyables de l’anarchisme espagnol.

En 1937, environ 3 millions de personnes vivaient dans des communes rurales collectives. Beaucoup de villages furent créés où l’argent fut aboli, la terre collectivisée, l’analphabétisme éliminé et où les assemblées populaires incluaient souvent les femmes et les enfants, responsables pour élire un comité administratif, qui rendait compte directement aux assemblées populaires. Il y avait aussi des communes “individualistes”, où des gens travaillaient leur lot de terre individuellement, tandis que Barcelone devenait le centre de la “collectivisation urbaine”. Les services publics et les industries étaient remarquablement autogérés dans une grande ville faite de diversité. Entre Juillet et Octobre 1936, “virtuellement toute la production et la distribution étaient sous contrôle ouvrier”. Mais la révolution sociale fut ternie par la lutte contre Franco, ainsi qu’avec la lutte grandissante avec d’autres factions  comme les communistes autoritaires d’état (NdT: marxistes, stalinistes ou non).

Quelques leaders anarchistes furent cooptés dans le gouvernement et la CNT devint inefficace de ce fait. Alors que les autres factions recevaient de l’aide étrangères, les communistes recevant de l’aide de l’URSS, Franco de Mussolini et Hitler et les autres factions des états libéraux occidentaux, la CNT pensa qu’elle devait s’incorporer avec l’état pour recevoir également une aide afin de pouvoir gagner la guerre. Ainsi, mi-1937, écrivit Peter Marshall : “La plus grande expérience anarchiste de l’histoire était virtuellement finie, elle dura près d’un an”. Les communistes avaient commencé à remplacer les anarchistes grâce à leur soutien de l’URSS, qui organisa également une police secrète et un règne de la terreur, le plus souvent contre les groupes anarchistes et éventuellement, le gouvernement lui-même écrasa la résistance anarchiste et imposa une censure sur la CNT.

Le conflit entre les anarchistes et les communistes fut sans doute la raison principale pour laquelle les républicains perdirent la guerre contre Franco, qui reconquît l’Espagne en 1939, établissant une dictature fasciste qui dura jusqu’en 1976 et qui causa le départ pour l’exil de plus d’un demi million d’Espagnols. Ainsi l’Espagne représente le meilleur et le pire résultat de l’anarchisme au XXème siècle.

Bien que le mouvement lui-même fut largement déraciné durant la guerre froide, les idées continuèrent à évoluer et de nouveaux mouvement émergèrent tel l’anarchisme écologique et mème l’anarcho-capitalisme (NdT: ce qui est nommé essentiellement en amérique du nord le mouvement “libertarien” à ne pas confondra avec libertaire, le mouvement “libertarien” est un mouvement ultralibéral sur un plan économique qui est certes contre l’état, mais ne voit de solution que dans le libre marché total, c’est un mouvement ultra capitaliste), qui devint une force derrière le mouvement américain libertarien.

Devon DB Quel rôle a joué l’anarchisme dans le mouvement ouvrier du XIXème siècle ? Comment fut reçu l’anarchisme dans le mouvement ouvrier de manière générale et par les peuples ?

Mr. Marshall: Au XIXème siècle aux Etats-Unis, les luttes sociales étaient un développement historique constant. Alors que l’anarchisme devint une idée et une philosophie, avec le marxisme et le socialisme, ces philosophies radicales devinrent de plus en plus associées avec les mouvements ouvriers, spécifiquement dans la formation et l’action des syndicats. Dans les années 1860, deux fédérations anarchistes se formèrent aux Etats-Unis, la New England Labor Reform League et l’American Labor Reform League, qui d’après William Reichert, “furent la source de la vitalité radicale en Amériqiue pour plusieurs décennies.” L’anarchiste américain le plus influent de son époque, Benjamin Tucker, traduisit les travaux de Proudhon en 1875 et commença ses propres publications anarchistes périodiques.

A partir des années 1880, beaucoup d’émigrants aux Etats-Unis, comme Emma Goldman, aidèrent à faciliter la popularité montante de l’anarchisme. Les idées anarchistes avaient une base dans le mouvement ouvrier révolutionnaire de Chicago dans la période des années 1870, 1880, avec spécifiquement l’affaire de Haymarket en 1886, qui fut connecté avec la lutte pour les huit heures de travail quotidien. Dans le pays, le 1er Mai 1886, environ un demi milion d’ouvriers manifestèrent pour soutenir cette idée ; le cas le plus extrème ayant eu lieu à Chicago où eurent lieu les grèves et les plus grosses manifestations. Trois jours plus tard le 4 Mai, une bombe fut lancée dans une manifestation qui eut lieu sur la place Haymarket à Chicago, tuant plusieurs policiers et menant à la mort par et à de nombreux blessés parmi les ouvriers manifestant, sous le feu des forces de police.

L’attentat, bien que son origine demeure un mystère, mena à une croisade de l’élite en place à Chicago contre les mouvements révolutionnaires ouvriers. Plus de 200 membres de l’International Working People’s Association (IWPA) arrêtés et plusieurs jugés avec le procureur déclarant : “c’est le procès de l’anarchie”. Après l’affaire du Haymarket, les organisations ouvrières et les syndicats devinrent de plus en plus radicaux, beaucoup d’entr’eux adoptant des principes distinctement anarchistes dans leur organisation et leur idéologie, en retour, la répression de l’état devint plus prononcée et violente. La raison pour laquelle les syndicats radicaux n’ont pas survécu la décennie qui suivit n’est pas dûe à quelque esprit américain “d’individualisme forcené” comme l’affirme la mythologie nationale, mais cela fut dû à la violence constante de la répression de l’état. Suite à cela, le 1er Mai a été célébré dans le monde entier comme la fête du travail et comme le jour international des travailleurs, sauf aux Etats-Unis et au Canada de manière ironique.

Ce mouvement radical qui émergea de Chicago à cette époque fut souvent référé comme étant un mélange de marxisme et d’anarchisme, comme étant “anarcho-syndicaliste”, “socialiste révolutionnaire” ou même “communiste-anarchiste”. Il eut un impact profond sur les luttes ouvrières dans la période qui s’ensuivit, à la fois sur l’organisation et les grèves, mais aussi sur l’organisation des syndicats et leur idéologie. Quoi qu’il en soit, au cours du XXème siècle, les syndicats ont été progressivement écrasés, cooptés, infiltrés, démembrés, ainsi, au lieu d’avoir des fédérations internationales unifiées, ils devinrent spécifiques à une industrie voire même à une entreprise, ils devinrent réformistes et non plus révolutionnaires et ils devintent même corporatistes, dans la mesure où ils essayèrent de travailler avec les grosses entreprises et le gouvernement au lieu  de lutter contre eux.

Ceci est le plus emblématique aujourd’hui dans l’organisation et l’idéologie de la plus grande fédération syndicale des Etats-Unis : l’AFL-CIO, dont les chefs sont membres de la… commission trilatérale et parlent régulièrement au CFR et son impliqués dans la politique impérialiste étrangère de l’Amérique, soutenant les Etats-Unis dans leur soudoyage financier en règle des nations pauvres afin d’organiser les travailleurs selon la ligne de conduite corporatiste, les écartant en cela de la ligne radicale et révolutionnaire tant dans leur organisation que leur idéologie.

Devon DB: Comment la philosophie anarchiste a t’elle été déformée avec le temps ?

Mr. Marshall:  Ceci est une question très importante. L’anarchisme est souvent considéré comme synonyme de violence et chaos, alors qu’en réalité, il a bien plus à faire avec l’ordre et le pacifisme. L’anarchisme a été très facile à décrier à cause de sa nature diverse. Il n’a pas eu de structure rigide de pensée et d’action, Oui, il y a eu des anarchistes violents, de l’agitation violente, du terrorisme, des assassinats et ceci a jeté pas mal de discrédit sur un monde incroyablement divers dans son mode de pensée philosophique, mais il y a bien plus aux idées et actions des anarchistes. L’histoire de l’anarchisme est souvent écrite en dehors des histoires officielles, comme par exemple durant les révolutions russe ou espagnole, tout comme en Argentine et la diffusion par les émigrants juifs. Même aujourd’hui, beaucoup de gens dans les médias “alternatifs” diabolisent les anarchistes.

Les groupes anarchistes étaient parmi les premiers cas documentés d’infiltration policière à Londres vers la fin du XIXème siècle. L’infiltration des groupes anarchistes continue le plus souvent à être effectuée, ou plus communément, des infiltrés dans les manifestations simplement paraissent être des “anarchistes”, qui sont souvent associés avec le Black Bloc, tout de noir vêtus, visages dissimulés derrière des balaclavas ou des bandanas. Beaucoup dans la presse alternative blâme la police et ses infiltrés pour la violence dans les manifestations, ce qui est une mauvaise représentation des faits, ils font également le portrait des anarchistes comme ceux du black bloc, comme n’étant constitués que d’infiltrés de la police, ce qui est également une mauvaise représentation des faits. A leur tour, l’état et les médias dressent un portrait de ces mêmes groupes anarchistes comme étant des voyous violents et des criminels, justifiant ainsi la répression d’état contre les manifestants.

Maintenant, bien que des infiltrations de ces groupes aient été documentées, nous ne pouvons pas pour autant en conclure que tout le groupe et tous ses membres sont des infiltrés. Ceci est particulièrement vrai pour les organisations anarchistes, qui rejettent toute organisation hiérarchique et sont de ce fait plus difficile à retourner et coopter et contrôler avec des moyens traditionnels. Alors qu’il se peut qu’il y ait des infiltrés, ceci ne veut pas dire que des groupes entiers sont menés par ces individus de plus ces groupes sont le plus souvent si peu hiérachisés qu’ils n’ont pas une organisation traditionnelle comme nous l’entendons de manière typique. Quoi qu’il en soit, ces groupes sont sujets à la propagande de tous les côtés et ceci a grandement participé à la diabolisation de l’anarchisme comme mouvement.

A Montréal par exemple, les anarchistes ont souvent été blâmés pour la plupart de la violence ou du vandalisme, alors qu’en fait c’est la police (en uniforme officiel), qui a été la plus violente et destructrice contre le mouvement étudiant bourgeonnant qui a commencé en Février de cette année. Si vous regardez la violence “anarchiste”, elle consiste essentiellement en des actes de vandalisme sur des banques, tels que casser des vitres, ou lancer des pierres à la police. D’autres parmi les manifestants ont aussi participé à ces actions, qui sont le plus souvent des réactions contre la brutalité policière qui a bien eu lieu. En lisant des déclarations d’étudiants manifestants qui étaient présents à la manifestation du 4 Mai à Victoriaville au Québec, où plusieurs étudiants ont été atteints au visage par des balles en caoutchouc tirées par la police et furent presque tués, nous pouvons voir un autre côté du Black Bloc. Des étudiants ont décrit avoir été gazés puis être tombés au sol alors que la police anti-émeute approchait. Ce furent ensuite des membres du Black Bloc (ou du moins identifiés comme faisant apparamment partie du mouvement, puisqu’il n’y a pas de liste des membres), leurs visages protégés par des lunettes spéciales qui assistèrent les étudiants tombés, les sortirent de l’endroit, ont soignés leurs yeux, ont renvoyés les containers de gaz vers les forces de police et emmenés les étudiants blessés vers des infirmiers. Dans beaucoup de manifestations, et devant les violences policières il apparaît que ce sont ces individus qui sont en première ligne ; et bien que leurs actions particulières ne peuvent pas être tolérées, force est de constater qu’elles représentent une colère qui monte à travers de larges segments de la population étudiante. Ainsi en termes de la diabolisation des anarchistes ou d’actions très spécifiques violentes des anarchistes, il y a une différence entre tolérer les actes et condamner la colère.

Simplement parce que l’acte lui-même n’est peut-être pas utile en termes de gagner un soutien populaire pour une cause, ou parce que cela “justifie” la répression policière en retour, cela ne veut pas dire, comme beaucoup dans la presse alternative le disent, que les anarchistes “travaillent pour l’état”, sont des agents provocateurs ou des  infiltrés. Bien que cela soit parfois le cas, c’est faire fausse-route que de dire que cela est systématiquement le cas et cela implique des situations, des circonstances et des réactions par ailleurs compliquées. Quand un fourgon de police roula dans un groupe d’étudiants à Victoraiville le 4 Mai, ce fut un petit groupe de manifesants usuels qui prirent des cailloux pour caillasser le fourgon.

La très grande majorité des étudiants fut pacifique devant la violence policière et la répression, mais le fait que certains vont réagir violemment n’est pas une raison pour renier, mais un point important à comprendre : cela nous informe que la situation est bien plus extrême, que la réaction est plus intense, que les circonstances sont plus difficiles. De la même façon que lorsque vous coincer un animal, il devient à la fois le plus vulnérable et le plus méchant ; nous voyons ceci émerger dans bien des mouvements de manifestations et parmi des manifestants à travers le monde. Le fait de simplement blâmer les “anarchistes” fait peu pour aténuer la violence et les troubles et fait égalememt beaucoup de tort à la bonne compréhension de ces situations et de la meilleure façon de les résoudre. De manière ironique, alors que les anarchistes de Montréal ont été accusés de la plupart des violences dans les manifestations qui se sont tenues ici ces 15 dernières semaines, l’évènement le plus organisé qui fut et le plus ouvertement admis anarchiste fut une foire aux livres.

L’anarchisme est toujours un but intellectuel et à cause de son refus de devenir une idéologie rigide, parce qu’il accepte la diversité, il y aura toujours des éléments plus radicaux et des tactiques plus violentes, mais au bout du compte, c’est une philosophie, construite autour du concept de solidarité et de coopération, de l’association libre, de la liberté et de la paix. L’argument le plus commun contre l’anarchisme pour ceux qui ne savent pas réellement ce qu’il est, est de dire que sans une forme “d’autorité”, le monde serait chaotique, les gens s’entretueraient et nous aurions le désordre et la destruction.

La réponse la plus simple à ceci est de demander à la personne ce que nous avons dans le monde aujourd’hui: nous vivons dans un monde d’extrême autorité, de plus d’autorité globale dans tout secteur d’action et d’interaction humaines que nous n’avons jamais eu dans l’histoire de l’humanité, et pourtant le monde vit dans le chaos, le désordre, la destruction, la guerre, la famine, la décimation, la division, la ségrégation, l’exploitation et la domination. Ce n’est pas un manque d’ordre et d’autorité qui a amené tout cela, mais plutôt l’exercice de l’autorité au nom de l’ordre. Les gens regardent l’anarchie comme un paradoxe sans même voir et reconnaître le paradoxe de l’idéologie envers la réalité du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Ceci a été le plus grand succès à déformer la philosophie de l’anarchisme.

Devon DB: Comment l’anarchisme a t’il été utilisé dans d’autres endroits du monde comme moyen de résistance ?

Mr. Marshall: Historiquement, l’anarchisme est arrivé à Londres, en France, en Espagne, en Italie et aux Etats-Unis, et spécifiquement en Argentine et en Amérique latine, de façon exemplaire. Alors qu’il fut largement détruit en tant que mouvement puissant à la fin de deux guerres mondiales, Il a ré-émergé avec la montée de la nouvelle gauche des années 1960. La nouvelle gauche fut instrumentale dans l’agitation politique et les mouvements de protestation en Europe et aux Etats-unis à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Elle aida à revigorer une idéologie anti-capitaliste, une pensée et dans certains cas, accoucha elle-même d’une idéologie anarcho-capitaliste. A;lors que le mouvement environnementaliste émergeait, ainsi émergeait également une branche anarchisme environnementaliste. Ainsi, quelques nouveaux mouvements et une agitation sociale émergèrent puis éruptèrent, de nouveaux modèles et de nouvelles idées sur l’anarchisme commencèrent à s’adapter et à évoluer selon les circonstances changeantes, tout comme cela s’était déjà produit au fil de l’histoire humaine.

Devon DB: Quelle est votre opinion sur l’anarchisme moderne, spécifiquement sur les anarchistes qui font partie du mouvement Occupy ?

Mr. Marshall: Les anarchistes modernes sont tout simplement trop divers pour les englober dans une seule opinion. Cela revient toujours au même point, la reconnaissance de la diversité et former une opinion sur les différents groupes et différentes tactiques. Comme je l’ai dit plus tôt, je ne tolérerais peut-être pas les actes, mais je ne pourrais pas condamner la colère. Il y a eu un temps ou moi aussi j’aurai décrit toute violence comme destructrice et sans fondement et aurai probablement pointé ceux qui la commettent comme des infiltrés ou des agents provocateurs. Mais après avoir été témoin et avoir été pris dans le feu de l’action d’une rebellion étudiante en éruption dans la province canadienne du Québec ces 15 dernières semaines, après avoir été le témoin de la campagne de propagande contre les étudiants et la répression violente étatique quotidienne, cela ne me surprends pas de voir des gens se résoudre à des actes de violence dans leur résistance. Cela n’aide pas le mouvement étudiant, alors que cela le diabolise et le coupe du soutien populaire. Mais ce que j’ai appris à comprendre, est que cela n’est qu’un symptôme d’une colère bien plus grande et qui monte, d’une frustration et d’un mécontentement.

La violence et la terreur sont des actions de désespérés, donc au lieu de diaboliser les actes eux-mêmes, nous devons comprendre le désespoir. Car si nous voulons des manifestations non-violentes, pacifiques, nous devons comprendre l’origine des réactons violentes. Les groupes anarchistes et les idées ré-émergent dans le monde à un degré de vitesse et d’importance qui était peut-être impensable. Nous voyons des anarchistes dans les mouvements de protestations en Grande-Bretagne, en Espagne, en Grèce, au Québec, aux Etats-Unis, dans le mouvement Occupy, en Islande, en Italie. Les tactiques et les spécifiques de mouvement variant d’un endroit à l’autre et de personne à personne bien sûr. Par exemple en Italie, il y a eu un cas récent d’un groupe anarchiste qui a pris la responsabilité d’estropier un dirigeant d’entreprise nucléaire italienne et a menacé de plus de flingages. Je pense que l’on peut s’attendre à une sorte de parallèle avec ce qu’il s’est passé dans les années 1880 dans bien des endroits du monde, où on a vu des actes de violence ou de terreur attribuées à des factions anarchistes et alors que ces tactiques sont présentées comme étant contre-productives et problématiques, il y aura peut-être une tendance à renoncer à toute forme de violence et à se concentrer sur l’éducatif et la “propagande”, ce qui est du reste ce que fait déjà la vaste majorité des anarchistes.

Par contraste, alors qu’il se pourrait qu’un groupe anarchiste ait blessé un industriel italien, par ailleurs, un intellectuel anarchiste, Noam Chomsky, a parlé éloquemment et de manière douce pendant des décennies, écrivant, lisant et en agitant non pas avec ses poings mais avec des mots. Au bout du compte, Chomsky a fait bien plus pour faire avancer des idées anarchistes ou l’anarchisme que n’importe quel acte de violence ne l’aurait pu. Ceci est la direction qui doit être prise au sein de l’organisation anarchiste. Si vous regardez le mouvement Occupy par lui-même il y a un grand nombre de structures anarchistes en son sein : pas de hiérarchie, les assemblées générales, les librairies publiques etc… Les librairies sont un cas fascinant, spécifiquement en ces temps d’austérité économique où les librairies ont une tendance à voir leurs fonds de soutien de l’état fondre comme neige au soleil.

Ce que les groupes du mouvement Occupy ont montré est que si l’état supprime les librairies, les gens peuvent tout simplement organiser les leurs. En Grèce, l’état a demandé qu’un hôpital ferme à cause de la coupure de budget. Les travaileurs de cet hôpital l’ont occupé et ont commencé à le faire tourner en autogestion. Il y a aussi certains rapports faisant état qu’en Grèce, quelques communautés sont en train de développer leur propre système d’échange et de commerce. Dans le monde, nous voyons de plus en plus d’ouvriers occuper les usines et s’occuper de les gérer collectivement, démontrant par là même l’inutilité de managers professonnels ou de patrons (qui prennent tout le profit) ainsi que la capacité extraordinaire des travailleurs à être à la fois des producteurs et des preneurs de décisions. Ces cas ne sont pas rapportés ou discutés souvent simplement parce qu’ils représentent le problème d’une trop bonne idée et d’autres personnes pourraient en prendre de la graine. En ce sens, nous ne devons pas stigmatiser les actions violentes du petit nombre, mais au lieu de cela, si nous examinons et comprenons l’anarchisme dans sa vaste diversité de philosophie et de tactiques qu’il représente vraiment, alors nous sommes capables de voir l’énorme degré d’espoir et de progrès que ce mouvement réserve pour le futur.

Là où l’État, les entreprises et les banques travaillent contre les peuples (ce qui est partout sur cette planète), là où ils ferment les usines, repossèdent les maisons, coupent les budgets de l’éducation et de sécurité sociale, demandent des coûts supplémentaires à faire payer aux gens tout en diminuant les impôts des riches, il y a toujours des réponses et des possibilités anarchistes. En ce qui concerne là où je vis au Québec, où un mouvement énorme d’étudiants s’est déclanché après une augmentation de 75% des frais  de scolarité, nous souffrons sous le joug d’un vieux paradigme éducatif, politique, social et économique qui bénéficie le plus petit nombre aux dépends de la vaste majorité. Alors que la première réaction est de défendre le système éducatif qui existe déjà, la solution sur le long terme est de complètement refonder et réorienter notre conception et l’organisation de l’éducation elle-même. Par exemple, lorsque le système universitaire débuta au Moyen-Age, il y avait deux modèles initiaux d’éducation universitaire: le modèle de Paris et le modèle de Bologne.

A Paris, l’école était gérée par des administrations et des élites culturelles régionales. Au fil du temps, alors que l’état-nation et le capitalisme se développaient, ceux-ci devinrent les patrons et administrateurs des universités. A Bologne en Italie, l’école était gérée par les étudiants et son personnel. Pour des raisons évidentes, le modèle de Paris gagna, mais devant la crise actuelle sociale, économique et politique, il serait grand temps pour que le modèle de Bologne gagne sa bataille historique de résurrection. La notion que les élèves et le personnel gèrent et dirigent eux-même l’école est distinctivement anarchiste, de la même manière que les ouvriers autogèrent leur usine. Comme Proudhon le déclara : “L’anarchie c’est l’ordre” et dans un monde où règne tant de chaos, de destruction et d’autorité, il est peut-être temps d’y mettre un peu d’anarchie et d’ordre.

About these ads

2 Comments

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

Follow

Get every new post delivered to your Inbox.

Join 1,291 other followers

%d bloggers like this: