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French Translation: Contre l’Institution, avertissement au mouvement Occupy Wall Street


Contre l’Institution, avertissement au mouvement Occupy Wall Street

Par Andrew Gavin Marshall

The following is a French translation of my article, “Against the Institution: A Warning for ‘Occupy Wall Street’,” originally published on October 3, 2011

Translation by Résistance 71

Résistance politique: Attention à la récupération réformiste des mouvements sociaux par l’oligarchie

Nous avons traduit un nouvel article du politologue canadien Andrew Gavin Marshall, qui illustre en prenant l’exemple actuel du mouvement d’occupation de Wall Street, comment les mouvements spontanés sont en fait rapidement récupérés par l’ingénierie sociale afin d’en faire des mouvements réformistes confortant le système et non plus luttant contre lui.

Tous les mouvements syndicaux (sauf l’anarcho-syndicalisme) et les partis politiques dits de gauche, communistes ou “social-démocrates”, ont été récupérés et sont devenus des réformiste mangeant dans la main de l’oligarchie et ne faisant plus de vagues, ou si peu que cela n’en est que l’illusion (exemples multiples de tous les partis communistes et syndicats d’Europe et d’Amérique du Nord, analysons par exemple le “grand mouvement” bidon contre la réforme des retraites en France…). Il en va de même pour les mouvement populaires révolutionnaires du Maghreb et du Moyen-Orient, ralliés par l’oligarchie et sa presstitute sous le vocable du “printemps arabe”.

L’ennemi est l’institution elle-même. La sommes des entités qui régissent et affirment socialement et politiquement la mise en esclavage des peuples, leur oppression, leur division et leur exploitation sous toutes ses formes.

Andrew Gavin Marshall soulève ici un point vital qui doit être compris par tous ceux qui désirent un véritable changement et la reprise du pouvoir par les peuples sans délégation obsolète et vampirisante. Nous ne pouvons que suivre Marshall dans cette démarche éducative et pédagogique et encourageons vivement tous nos lecteurs à être de plus en plus méfiants envers les mouvements spontanés si vite récupérés.

L’efficacité optimale est dans la décentralisation, la solidarité et l’action directe contre l’entité institutionnelle. Ce qui manque aux mouvements prenant racine spontanément est une forme de praxis sans laquelle il est impossible de faire avancer quoi que ce soit.

Parler sans agir n’est que théoriser, agir sans réfléchir n’est qu’activisme stérile.

Information,  éducation, communication, solidarité et conscience sociale, action directe non violente (boycott des institutions et désobéissance civile) est la seule dynamique viable pour avoir une véritable chance de refonder la société égalitairement et de découvrir la véritable nature humaine solidaire et libre.

– Résistance 71 –

Contre l’Institution, avertissement au mouvement Occupy Wall Street

Alors que je soutiens les efforts et les actions du mouvement de protestation d’Occupy Wall Street, qui émerge maintenant de manière internationale, il y a néanmoins certains aspects qui doivent être notés et gardés présents à l’esprit alors que le mouvement va de l’avant.

Le processus par lequel un mouvement potentiellement puissant peut-être récupéré et contrôlé est subtile. Si le mouvement Occupy Wall Street espère vraiment agir pour les 99%, il ne doit pas se soumettre aux 1%, de quelque façon que ce soit.

Le mouvement doit se garder de ce qui est arrivé au mouvement du “Tea Party”.  Quelque soit la position politique que vous ayez, le mouvement de Tea Party a commencé depuis la base, largement comme un mouvement qui était contre le système de la réserve fédérale. Les membres ont été très vite récupérés et financés par l’argent philanthropique et les reconnaissances de parti politique.

Pour le mouvement d’occupation de Wall Street devenir une véritable force de changement et bâtir un large mouvement, il doit éviter et rejeter les “contributions” financières  organisées des institutions: que ce soient de partis politiques, de fondations philanthropiques ou d’organisations à but non-lucratif. Les efforts de ceux-ci sont subtils et discrets mais effectifs: ils cherchent à organiser, professionnaliser et institutionnaliser un mouvement, pousser de l’avant ce qu’ils désirent, ce qui rend le mouvement absolument inutile pour la véritable libération, et celles-là sont parmi les institutions dont le mouvement doit se protéger contre,

Ceci n’est pas seulement à propos de “Wall Street”, mais c’est à propos du POUVOIR. De ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ ont pas. Quand ceux qui ont le pouvoir vous offre de l’aide et vous tendent la main dans votre lutte, leur autre main est armée d’un poignard. Restez avec la base, restez décentralisés, restez en dehors des partis politiques, restez à l’écart de le dépendance financière.La liberté n’est pas réellement dans la visée, mais dans l’action.

La véritable lutte n’est pas la gauche contre la droite, démocrates contre républicains, libéraux contre conservateurs, ou libertaires contre socialistes. La véritable lutte est celle des peuples contre l’institution: l’état, les banques, les banques centrales et leur système, les corporations industrielles multinationales, les institutions financièrres internationales, l’armée, les partis politiques, les médias de masse, les fondations philinathropiques, les think tanks, universités, système d’éducation, psychiatrie, système légal, l’église etc…

Le transfert du pouvoir d’une institution à une autre ne résoud pas la crise de notre “société institutionnelle”, au sein de laquelle un petit nombre domine tant, concentre tant de pouvoir aux dépens de tous ceux de la majorité qui ont si peu. La véritable libération ne viendra que de l’opposition à “l’institution” comme une entité. Placarder le pouvoir d’une institution à l’autre rend la résistance ineffective. Les structures du pouvoir doivent-être discréditées et le pouvoir doit-être distribué au(x) peuple(s), par le moyen des associations volontaires, des groupements communaux et des intitiatives de pouvoir populaire auto-financé.

Pour qu’un mouvement survive, l’argent devient une nécessité. Ne vous tournez pas vers les ONG, les associations à but non-lucratif et les fondations philanthropiques pour un quelconque soutien. Les philanthropies, qui financent et créent les assos à but non-lucratif et les ONG, ont été elles-mêmes créées pour développer et s’engager dans  l’ingénierie sociale: la “fabrication du consentement” au sein de ceux qui sont gouvernés et de créer un consensus au sein des gouvernants. Les “philanthropies” (en particulier celles comme Carnegie, Ford et Rockefeller) financent des mouvements sociaux et des organisations de protestation afin de les diriger dans une direction qui est la plus sécure pour les élites gouvernantes. Ces philanthropies sont elles-mêmes gérées par les “élites”, financées par les banquiers et les industriels qui poussent à la préservation de leur position au sommet de la structure sociale et ce dans un contexte de résurgence révolutionnaire potentielle. Ainsi que l’a déclaré à une époque un président de la fondation Ford: “Tout ce que la fondation fait, elle le fait afin de rendre le monde sûr pour le capitalisme”.

L’argent des philanthropies organisera le mouvement en une entité plus “professionnelle”, dirigera ses efforts autour de la promotion de réformes légalistes, rassemblant autour des idées spécifiques retirées de leur contexte  historique global. L’effet voulu est de retourner des révolutionnaires anti-système en des réformistes légalistes. Avec de tel financement, les organisateurs du mouvement sont attirés inéluctablement vers la sphère des ONG, des conférences internationales, des institutions internationales, des agences d’aide et de la participation politique de masse. Les leaders du mouvement deviennent professionalisés et ont un succès social, à la fois en prestige et financièrement. Ainsi, leur propre position personnelle devient dépendante de la promotion des réformes et non pas de la révolution; du maintien du système (avec quelques changements cosmétiques) et non pas de l’action contre celui-ci. Le mouvement lui-même devient ensuite institutionalisé. (NdT: c’est exactement ce qu’il s’est passé aux Etats-Unis et en Europe avec par exemple les syndicats et les différents partis communistes, tous devenus réformistes et bouffant au ratelier de l’oligarchie qui engraisse en contre-partie ses dirigeants…)

Pour avoir un bon financement sans la menace d’une domination institutionnelle, l’argent doit venir des gens eux-mêmes. Une cause réellement populaire peut-être financée par le peuple. Gardez le peuple en charge de l’opération.

Si nous désirons vraiment liberté et libération, nous devons d’abord commencer par agir de manière libre et libérée. Si nous voulons la “véritable libération”, nous devons commencer à vraiment comprendre le véritable système du pouvoir qui nous confine, oppresse, ostracise, exploite, apauvrit et nous contrôle. Ceci n’est pas une question d’état ou de banques ou de multinationales. C’est une affaire concernant l’institution elle-même. Nous devons lutter contre les structures du pouvoir ainsi nous pourrons libérer l’humanité de ce qui la confine, l’étouffe et enfin faire l’expérience de ce que la véritable “nature humaine” est.

Si on étudie des souris dans un labyrinthe, peu importe depuis quand et de quoi est fait le labyrinthe, on ne peut pas déduire la nature de la souris séparément du labyrinthe. Cassez, détruisez le labyrinthe et vous finirez par voir la véritable nature de la souris. Nous, humains, avons toujours vécu dans un labyrinthe. Les murs en sont construits par les institutions qui dirigent, conduisent, manipulent, définissent et nous ostracisent les uns des autres.

D’abord nous devons détruire les barrières qui nous entravent de nous-mêmes, alors seulement pourrons-nous vraiment comprendre ce que cela représente d’être humain et libre.

 

Andrew Gavin Marshall

Project Manager, The People’s Book Project

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